01 | JANVIER | LUDOVIC VILLARD

Auteur | LUDOVIC VILLARD
Nouvelle | 
NOTES PRISES DANS LE DÉSERT

Ludovic Villard | Clos Dumenge, rue Dumenge  | © Octo Kunst

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NOTES PRISES DANS LE DÉSERT

 

A Philippe V.

 « Sans doute cela en était allé de même lorsque
le bourreau avait cessé d’inhumer les suppliciés sur la
place des Terreaux, là où se déroulait plusieurs fois
par semaine le marché aux porcs. En fouillant le sol,
ces animaux déterraient les corps putréfiés et les
dévoraient sous les yeux des chalands… »
(André Seveyrat, Lyon Criminel )

 

1.

 

Ça débute par le silence. A peine troublé par le gémissement métallique s’exhalant des charnières rouillées du lourd portail de fonte que je pousse d’un geste mécanique. Comme chaque matin à la même heure. Puis de nouveau le silence. Tendre et frais. Régnant tout autour tandis que l’aube colore les lignes angulaires des toits de ses touches cézanniennes de bleus, d’ocres, de violets, et que la froidure de janvier dépose un fin duvet de givre à la surface des pelouses et des bancs publics. Ascétique mobilier de ce doux désert où je demeure.

L’énorme portail noir s’ouvre invariablement sur les rues encore vides et paisibles, ruines mélancoliques et fumantes d’une sempiternelle bataille nocturne à tout jamais invisible pour l’œil mutilé des vivants. Des rues étroites et sinueuses que j’emprunte aussitôt, filaments urbains que je redescends tranquillement tout en recrachant l’air gelé sous forme d’éphémères balles de fumée blanche. Jusqu’au bas de la colline. Sans me presser. Le son de mes pas étouffé par la mollesse hivernale de l’atmosphère. L’esprit serein cependant que la lumière du soleil gagne peu à peu chaque centimètre de façade, chaque parcelle de trottoir, chaque feuille d’arbre et chaque sillon que la brise matinale sculpte avec une précision métronomique à la surface du fleuve gris-vert.

Arrivé tout au bas de ma lente dégringolade vers cette presqu’île qui me semble n’être qu’une longue lame émoussée et plantée dans le ventre de Lyon, je ressens déjà une agitation plus franche. A travers les rues de la vieille ville, quelques passants font claquer leurs semelles sur les pavés séculaires tout en m’ignorant lorsqu’ils me frôlent dans leur course lamentable vers d’autres minutes. De cela j’ai une certaine habitude, et il y a bien longtemps que je ne me formalise plus de cette indifférence générale. Ainsi je poursuis ma promenade en laissant glisser mes yeux sur les vitrines des nombreuses boutiques bordant la rue. Boulangeries, boucheries, magasins de souvenirs en tous genres, textiles, bouchons, galeries d’art, quincailleries…

Comme toujours, je m’arrête un court moment devant la vitre de la vieille librairie Diogène que j’ai tant fréquenté il y a quelques années. De ce côté-ci de la devanture, je peux sentir comme si je les tenais entre mes doigts les émanations aromatiques des pages jaunies qui ont traversé les décennies et les vies de lecteurs inconnus, avant d’atterrir par toute une succession de miracles sur l’étagère où vous les saisissez afin de vous en nourrir à votre tour. Ici j’ai découvert il y a longtemps tout un monde de paysages rêvés, d’ouvertures incalculables sur l’âme humaine, de sensations de liberté absolue et de terreurs effroyables. J’ai pénétré en partie ce pouvoir créateur tout autant qu’eschatologique du livre, la vie d’hommes et de femmes s’entrecroisant furieusement dans les dédales hasardeux de l’amour et de la haine, du désespoir et de la mort. L’épaule collé à un mur de livres, j’ai connu Dante, Aristote, Stendhal, Louis Calaferte et Dostoïevski. J’ai pénétré les terres glaciales et infécondes de Nietzsche et d’Heidegger, les visions sombres puis colorées d’Odilon Redon, les allégories de Saint-François, les œuvres complètes de Kafka et celles de Montaigne, la poésie céleste de Rûmi… Ici j’ai respiré la quiétude et la paix à pleins poumons… Ici j’ai entrevu quelque chose…

 

*

 

En remontant la rue, un peu plus loin, j’en emprunte une seconde qui m’amène jusqu’au pont de la Feuillée. En le traversant, j’observe d’autres passants lutter comme ils le peuvent contre le vent gelé qui s’engouffre en ricanant dans chaque possibilité vestimentaire et corporelle lui étant offerte, laissant ses tristes victimes s’évertuer à toutes sortes de tortillements vains et pathétiques. Pour ma part, il y a bien des jours et bien des nuits que le froid, même extrême, ne fait plus effet ni sur ma peau ni sur mes cristallins. Et je dois dire que cela est l’un des points positif de ma situation, puisqu’il faut bien malgré tout qu’il y en ait quelques uns.

Arrivé de l’autre côté du pont, je m’engage rue d’Algérie à l’instant même où les cloches d’une église toute proche sonnent dix heures. Je remonte le trottoir de gauche jusqu’à la place des Terreaux, où comme chaque jour je m’installe une bonne heure afin d’observer avec une attention soutenue le ballet des passants et des automobiles, les stalactites de glace qui pendent aux naseaux des chevaux de la fontaine de Bartholdi ainsi que l’architecture des façades que je finis par connaitre par cœur avec le temps. Grappes d’étudiants se rendant en cours armés de sacoches et d’orgueil, femmes seules précédées de poussettes, hommes costumés de noir et chaussés de cuir, vagabonds aux démarches lourdes et détachées de toute convention esthétique, ouvriers en pause dégustant leurs cafés et fumant leurs cigarettes sur des terrasses désertes… Un petit monde en mouvement, âmes tristes ou heureuses, riches et pauvres, paisibles ou angoissés, et néanmoins tous ignorants de ce qui se trouve sous leurs pieds, les ossements et le sang, les têtes détachées du reste du corps et la douleur des thorax roués et des articulations brisées une à une, le grognement des porcs mâchant les chairs pourrissantes d’exhumés du hasard, les effroyables complaintes – qu’il me semble certains jours percevoir très nettement – de damnés misérables et emprisonnés sous les dalles municipales qui accueillent désormais les baisers gourmands des jeunes couples, ainsi que cette infecte armée de touristes se photographiant devant l’Hôtel de ville avec des sourires de cire sèche.

Il est environ midi lorsque je me décide à bouger. Des restaurants bondés recrachent par leurs portes qui s’entrouvent leurs haleines chaudes et odorantes en plein dans le visage des passants. Les viandes juteuses et les poissons citronnés, le pain tiède et les gratins de pommes de terre, les légumes en sauce et les tartes aux fruits. Et les volutes sucrées de cafés-crèmes pour couronner le tout. Si je le pouvais, j’entrerais dans l’un de ces bistrot et m’assiérais à une table, dans le fond, dos au mur, et je commanderais l’une de ces bavettes grillées qui vous glisse tout droit dans l’estomac en ne laissant qu’une traînée de plaisir à travers tout votre corps. Si je le pouvais, je demanderais un supplément de pommes sautées et du vin, et une fois le tout avalé, je prendrais un café noir que je téterais lentement en lisant le journal et en accordant à la serveuse un charmant sourire. Puis je pourrais peut-être discuter un moment avec mes voisins de table. Juste bavarder, comme ça, de choses et d’autres, de n’importe quoi tant que nos regards et nos voix s’entremêleraient quelques minutes et se partageraient quelques mots…

 

*

 

Lorsque je reviens à moi, je m’aperçois que cela fait dix bonnes minutes que je me trouve bêtement planté devant la porte vitrée. Soudainement honteux de cette attitude, pris dans le flot incontrôlable de mes pensées, il me revient un épisode d’enfance oublié depuis bien longtemps… Durant un repas de famille dans un restaurant à peu près similaire à celui-ci, j’avais remarqué devant l’entrée un vieux chien moitié os moitié pelage, le museau collé à la vitre, tout grelottant de froid et de fatigue. Il semblait m’observer fixement pendant que j’enfournais des morceaux de viande saignante dans ma bouche et que je les mastiquais sans même avoir faim. A cet instant, un immense vide s’était fait en moi et une profonde tristesse gonfla chaque parcelle de mon être. La pitié que je ressentis alors me poussa à détourner lâchement les yeux en espérant le plus fort possible que lorsque je reporterai mon regard vers la porte, le chien aurait disparu comme s’il n’avait jamais existé. Comme s’il ne fut qu’une divagation de mon esprit afin de tuer l’ennui. Mais quand je fixai de nouveau l’entrée, l’animal se tenait exactement à la même place qu’auparavant, la langue sortie de son museau édenté dans un larmoyant et trop humain rictus.

 

2.

 

Je m’engouffre dans les petites rues parallèles qui forment la véritable dentelle de cette ville. J’y retrouve le silence et la quiétude. J’y goûte la sérénité échappée du brouhaha des grandes artères du centre, là où les automobiles filent sans hésitation telles des insectes métalliques à moitié fous, maladives mouches motorisées aux bourdonnements incessants.

Que s’est-il donc passé ? Où est l’âme de cette ville ? Où sont les vivants ? Je vois bien les musées, les sculptures sur les façades, les théâtres, l’opéra, les magnifiques églises et leurs vitraux, rouges, bleus, verts et jaunes, le tout rayonnant de beauté et de spiritualité. Mais les hommes et les femmes ? Où sont-ils ? Il y a des affiches publicitaires, des feux de signalisation, des guirlandes électriques qu’on a oublié de retirer depuis Noël, et puis d’énormes 4X4 avachis sur les trottoirs, des boutiques de produits biologiques, des magasins de vêtements et de chaussures en tous genres, des vendeurs de télévisions et de cigarettes électroniques, des montres de luxe, des salons de toilettage pour caniches… Mais personne pour vous offrir un simple bonjour ou une seule foutue poignée de main. J’ai beau arpenter chaque nouvelle journée ces mêmes rues, ces mêmes squares pleins à craquer d’organes et d’éclats de voix, de sonneries de téléphones et de claquement de talons hauts, au final rien n’y change jamais. Rien ne bouge d’un cil. Aucune trace de chaleur humaine, aucune trace d’échange, aucune trace de vie…

Je m’assieds sur l’un des nombreux bancs qui font face au fleuve et je remarque que le soleil a déjà entamé son déclin vers la ligne des immeubles perchés sur le dessus de la courbe femelle de la colline. J’en déduis que nous devons approcher les quinze heures ou quinze heures trente. Evidemment cela n’a aucune importance pour moi… Le temps n’a plus vraiment de pouvoir sur les gens dans ma situation. Il n’est qu’un élément du décor. Un de plus. Comme les chats errants et les étalages de journaux gratuits… Comme les stations de métro et les ronds-points…

J’active mon corps et le remets en marche. L’air devient plus froid à chaque nouveau mètre franchi. Je le constate à la manière dont les passants se recroquevillent sur eux-mêmes en se déplaçant à travers le labyrinthe bétonné des rues.

Quand mieux que durant l’amorce crépusculaire pouvons-nous observer à quel point hommes et femmes sont marqués de tristesse et de solitude ? Cette façon de se pencher en marchant, tête baissée vers l’avant. Reins lacérés par le jeu des jours défilant et nous méprisant comme le nuage méprise l’oiseau. Êtres fragiles et seuls face au reste. Éternellement. Tragique faiblesse de nos atomes, de nos muscles et de nos centres nerveux face à l’œuvre gigantesque du monde. Silhouettes d’insectes fuyant le vent avec une soumission d’esclaves consentis. Larmoyant nos complaintes d’incompréhension et n’espérant plus qu’une seule et unique chose : se mettre à l’abri de tout… De l’orage, des autres, de la maladie, de la dignité, du jugement, de l’amour et des difficultés d’être nés dotés de systèmes circulatoires et de consciences. L’ensemble nous rappelant sans cesse notre inflexible abattement.

A l’instant même où ma réflexion s’égare près de l’entrée d’un obscur parking souterrain, je m’aperçois qu’un vieux type au regard jaunâtre et défait me fait face, immobile, me fixant d’un air morne, comme s’il fut à la fois logique et prévu de longue date que nous nous trouvions ici l’un devant l’autre à nous contempler. J’ignore d’où provient ce malaise qui me clou tout d’abord au sol. Peut-être que cela tient au fait que les traits de cet homme me semblent familiers sans que je ne puisse vraiment les reconnaître. Ou peut-être que sa façon de rester figé là sans même un seul clignement d’œil, véritable statue de chair et de crasse, peut-être est-ce là ce qui appelle au plus profond de moi cette sensation de panique. Ne sachant quoi faire, je reprends ma marche avec un calme mal dissimulé et lui passe à quelques centimètres sans que ses yeux ne me lâchent une seule seconde. Avec lenteur, je remonte le trottoir jusqu’au croisement et pique sans réfléchir sur la droite afin de me défaire de ces étranges yeux qui, sans nul doute, sont restés plaqués sur mon dos pendant ces quelques instants de marche sans que je ne puisse rassembler assez de courage pour me retourner une dernière fois afin de vérifier si cet homme eut vraiment existé.

 

*

 

L’esprit encore quelque peu glacé par cette apparition, mes pas me portent sans que je ne le décide vraiment vers les berges, à cette heure-là abandonnées au vent tranchant de janvier. Vue d’ici, la ville reprend son apparence réelle, le fleuve coupant en deux parties son vaste corps abîmé par la modernité, recouvert de carrefours et de platanes nus, de façades aux couleurs passées et d’affiches publicitaires vantant pèle-mêle soutiens-gorges et crédits à la consommation, joaillerie et écrans plats, le dernier roman de Guillaume Musso ou encore une énième campagne de prévention pour le dépistage du cancer de quelque part… Et puis rien. Le désert sans poste-frontière. Paysage lunaire tout juste réanimé de temps à autres par un geste humain, un sourire, une pièce offerte, une simple discussion au coin de la rue, où se dévoile un sentiment sincère, un échange. Et puis plantée au milieu du maelstrom urbain, la cathédrale Saint-Jean qui n’est plus qu’un dieu anachronique contemplant le désastre des siècles, impuissant à retrouver un peu de beauté parmi les décombres. Abattu.

 

 

3.

 

Peu à peu gagné par une fatigue plus morale que physique, je décide de rentrer tranquillement chez moi en empruntant un autre itinéraire que celui du matin, ce qui en vérité n’est qu’une répétition scrupuleuse de mon parcours quotidien. Triste habitude que cette manière de se leurrer soi-même à propos de l’ennui et du libre arbitre, malgré la terrible évidence que l’un nous submergera toujours, tacite et pesant, tandis que nous serons à tout jamais dénués de l’autre, liquide et insaisissable.

Je remonte tranquillement le quai en songeant qu’il y a bien longtemps, ici-même, j’ai embrassé une femme en la tenant par la taille, faisant délicatement glisser mes lèvres sur les siennes… Ou peut-être ai-je lu un recueil de poèmes de Pessoa ou de Char, un long après-midi de solitude, précisément sur ce banc à moitié rongé par l’érosion des milliers de postérieurs qui ont pu y perdre quelques heures, et parmi lesquels le mien… Ou bien ai-je bu jusqu’à l’ivresse une flasque de mauvais whisky adossé à la rambarde froide du quai, m’étiolant en rêveries vaines à propos de voyages qui n’eurent jamais lieu…

 

*

 

Il fait nuit lorsque je traverse la passerelle au niveau de l’église Saint-Georges et m’arrête un court instant afin d’observer le fleuve courir sous moi. Celui-ci n’est plus éclairé que par les projecteurs placés sous l’édifice. Ils rendent l’eau encore plus sombre qu’elle ne l’est. Le courant me semble ne plus être qu’une écœurante coulée de pâte de goudron étrangement souple. Vite lassé du spectacle, j’accélère le pas en direction de la vieille ville où, m’enfonçant dans la façade gauche de la rue du Bœuf, j’emprunte la longue enfilade d’escaliers qui mène un peu plus haut sur la colline, avant de bifurquer par les jardins de l’Annonciade que je grimpe sans même être essoufflé. Arrivé au pied de Fourvière, où s’ouvre une grande esplanade offrant une vue profonde et parfaitement dégagée sur Lyon, je tente de me frayer un passage entre les troupeaux de touristes encore présents sur le parvis de la cathédrale, larves aux accents divers se photographiant joyeusement ci et là, piétinant les marches de l’édifice comme s’il s’agissait d’un vulgaire centre commercial, braillant leur médiocrité sous le regard effaré et silencieux des sculptures et des bas-reliefs de la façade, anges et saints tristement figés devant ce spectacle atroce, emprisonnés tel les chimpanzés du jardin zoologique face à ces familles grasses et bruyantes qui leur balancent des poignées de cacahuètes en hurlant leurs rires de démons. Ici on agite plutôt des chapelets achetés dans la petite boutique si proche qu’on la croirait une partie de l’édifice, sorte de petite chapelle vouée au culte de la Vierge à cinq, dix, quinze ou vingt euros la statuette… carte postale offerte.

 

*

   Il me revient un propos de mon voisin de sommeil, Maître Philippe, tandis que je marche entre ces ombres nauséeuses qui ignorent tout de ma présence : « Chaque acte méritoire est, comme le reste, marqué sur notre front, et personne n’a le droit de nous juger puisque Dieu même ne juge pas. C’est nous-mêmes qui nous jugeront ».

 

*

 

   En coupant par le parc, j’emprunte la passerelle et traverse le petit bois aux douces odeurs de terre fraîche et collante. Le bruissement de mes pas sur le sol tapissé de feuilles gorgées d’eau et de boue me semble se transformer peu à peu en une étrange musique millénaire aux notes végétales. J’entends des choses que même les insectes ne perçoivent pas. Des chants beaux et intemporels que seul peut-être l’air saurait apprécier. Des murmures vibrant à travers l’océan d’atomes séparant l’homme du monde qui l’entoure tout en les contenant tous deux dans un même poing serré.

En ressortant du parc, j’atterris dans ma rue et aperçois aussitôt ce lourd portail de fonte noir par lequel je m’échappe chaque matin. Le même éternel gémissement métallique lorsque je le pousse et pénètre dans ce beau cimetière de Loyasse, où je possède ma petite résidence depuis de nombreuses années. Et tandis que le soir gelé caresse de sa paume coupante les pierres taillées et les photographies encadrées de marbre, les listes de noms gravés et les branchages nus, vestiges de bouquets jadis colorés et odorants, je remonte l’allée n°11 d’un pas tranquille avant de m’enfoncer mollement dans cette terre humide et froide qui me sert de couche.

 

 

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Lecture audiobook | FABIEN THÉVENOT
Mastering  | BRUNO GERMAIN
Production | LE FEU SACRÉ ÉDITIONS
Crédit photo : LUDOVIC VILLARD, CLOS DUMENGE, © OCTO KUNST