LE FEU SACRE EDITIONS

Le Feu Sacré est une maison d’édition née à Lyon courant de l’année 2011 par Fabien Thévenot. Thomas BIzzarri & Alain Rodriguez sont responsables de la conception graphique des ouvrages. Reset : Une contre-histoire de Lyon est le premier projet de littérature numérique de la maison d’édition.

fabien-thevenot-le-feu-sacre-72dpi

Trois ouvrages sont parus depuis sa création
Pacôme Thiellement & Jonathan Bougard | Les Cinq Livres du King (octobre 2014)
Aurélien Lemant | Traum : Philip K. Dick, Le Martyr Onirique (2012)
F.J. Ossang | Hiver sur les Continents Cernés | Archives Ossang Vol. I (2012)

LE FEU SACRE EDITIONS | INTERVIEWBLOGSITE OFFICIEL

Photo : © OCTOKUNST

_______________________________________________________________________________

INTERVIEW DE FABIEN THEVENOT / LE FEU SACRE
parue dans L’Incontournable Magazine n° 6

_______________________________________________________________________________

Comment est née l’idée de ce projet ?
Reset est né du bilan des rapports affectifs que j’entretiens avec la ville de Lyon depuis mon installation en 2001. C’est bien simple, en douze ans je suis passé d’un fort sentiment de bien-être à une impression de quasi totale dépossession. J’ai cherché les causes de ce malaise et je les ai vite trouvées dans la colonisation de plus en plus manifeste du moindre espace public par la sphère privée.
En dix ans, j’ai pu observer une multiplication hallucinante des centres commerciaux, une transformation progressive des événements culturels en produits culturels (la fête du 8 décembre devenue l’odieuse Fête des Lumières), la gentrification progressive des derniers quartiers populaires, sans parler de la banalisation du regard inquisiteur des programmes de télésurveillance. Bref, est né une impossibilité de projeter ma petite histoire dans ce nouvel et écrasant récit social.
J’ai travaillé un temps sur un livre d’inspiration psychogéographique sur le sujet. Puis, sans laisser tomber le projet, j’ai pensé qu’il serait tout aussi intéressant de demander à des auteurs Lyonnais de nous raconter ces récits qui résistent et grouillent en marge de l’histoire accréditée.

 Pourquoi multiplier les supports de disponibilités (texte, audio, etc.) ?
Par jeu. Le Feu Sacré est avant tout une maison d’édition de livres papier, il nous fallait donc trouver des formes qui s’adaptent mieux à ces récents modes de lecture plus frivoles.
Le texte à lire en ligne et l’ebook se sont évidemment imposés. L’audiobook est quant à lui un médium passionnant puisqu’il propose en même temps le texte et son interprétation. Je voulais absolument travailler ce format, autant par jeu avec les auteurs qu’avec les auditeurs.

 Comment expliquez-vous la mutation qu’a subie la ville ces 15 dernières années. De la disparition de la pluralité des expressions artistiques vers une hégémonie de quelques événements dominants médiatiquement le paysage ?
Autrefois, les institutions politiques subventionnaient la culture comme on pratique un devoir vertueux. Je pense surtout à l’après-guerre où circulait cette idée que la culture démocratiquement partagée pouvait être un rempart contre la barbarie.
Aujourd’hui, la plupart des grandes villes européennes ne subventionnent plus que ceux qui leur promettent de faire rayonner médiatiquement la ville sur le plan national/international. Le talent et les bonnes intentions ne suffisent plus, il faut avoir un concept et le savoir-faire pour le vendre. On ne soutient plus des spectacles, on soutient le spectacle du spectacle.
On ne vit pas pour autant le stade terminal de la société marchande selon Debord, mais plutôt son cauchemar. Pour le supporter, il nous reste heureusement les « exorcismes spirituels » de Philippe Muray et son étincelante critique de ce « temps devenu pur et simple éloge de notre temps et qui ne veut plus être rien d’autre« .

 La ville est gouvernée par un maire prétendument socialiste depuis une dizaine d’année, n’y a t-il pas une antinomie idéologique entre le prétendu socle idéologique de Mr Collomb et la politique culturelle et sociale de ville ?
Depuis l’abandon du programme commun en 1983, je ne suis pas sûr qu’il reste grand chose des racines gauchisantes qu’on continue d’attribuer à tort au PS. Alors pourquoi tant de gens continuent de s’accrocher à cette histoire du Roi Lyon qui aurait le cœur à gauche ? Il faudrait demander à son talentueux scénariste et aux organes de presse qui relaient cette œuvre de fiction.